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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 20/02/2020

En mer comme à terre, mobilisés pour sauver des vies

Alors que l'opération européenne Sophia, déjà très réduite, vit ses derniers jours, les équipes de SOS MEDITERRANEE viennent de secourir 274 personnes en moins de 48 heures, au cours de trois opérations de sauvetage. L’Ocean Viking venait tout juste d'arriver en zone de recherche et de sauvetage au large des côtes libyennes, après plusieurs jours à quai à Marseille pour une escale technique. Une escale qui a été l’occasion pour plusieurs bénévoles européens et personnalités de découvrir notre navire et de rencontrer les équipes de SOS MEDITERRANEE. [Voir la vidéo de la visite]


La Méditerranée centrale, une zone de recherche et de sauvetage toujours plus complexe

Depuis le début de l’année, l’Ocean Viking a secouru 720 personnes, en 9 opérations de sauvetage. Parmi elles, beaucoup de mineurs non accompagnés et plusieurs femmes enceintes.

Coordination par les garde-côtes libyens défaillante

En janvier, cinq de ces opérations de sauvetage ont été effectuées en moins de 72 heures, à un moment où les garde-côtes libyens ont reconnu de leur propre aveu leur manque de capacité pour lancer une opération. Alors que des centaines de personnes étaient en détresse en mer durant ce même mois, aucune autorité n’a pu coordonner les sauvetages.

En ce qui concerne les trois opérations de sauvetage conduites cette semaine, malgré nos appels à toutes les étapes de chacune de ces opérations, seulement deux ont trouvé une réponse auprès des garde-côtes libyens, mais sans interlocuteur anglophone disponible.

« Soit le Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage libyen (JRCC) ne répondait pas à nos appels, soit la personne d'astreinte ne parlait ni ne comprenait l'anglais. Les centres de coordination européens continuaient de nous indiquer de contacter les autorités libyennes et ne nous offraient aucun appui alors que je les ai informés à plusieurs reprises que Tripoli ne répondait pas. C'est inacceptable que ces personnes soient laissées seules, en détresse, en pleine mer, sur des embarcations extrêmement surpeuplées et impropres à la navigation, alors qu'elles sont condamnées à une mort certaine » a expliqué Nicholas Romaniuk, coordinateur des opérations de recherche et de sauvetage actuellement à bord de l’Ocean Viking, dans une Déclaration publiée ce matin même.

De la responsabilité de la zone de recherche et de sauvetage dans les eaux internationales

Ce constat alarmant pose plus largement la question de la responsabilité de la recherche et du sauvetage en Méditerranée centrale. Il y a trois ans, le 3 février 2017, les gouvernements européens signaient la déclaration de Malte, qui inaugurait un transfert de responsabilité envers les garde-côtes libyens en Méditerranée centrale. En 2018, une zone de recherche et de sauvetage et un centre de coordination des secours libyens étaient créés, avec l'appui et le financement de l’Europe. Si les autorités maritimes italiennes assumaient jusqu’alors la responsabilité de la coordination des cas de détresse dans les eaux internationales de la Méditerranée centrale, celle-ci incombe depuis trois ans aux garde-côtes libyens. 

Or, ce soutien de l’Union européenne aux garde-côtes libyens n’a fait qu’aggraver la situation en Méditerranée centrale. Non seulement les équipes de SOS MEDITERRANEE ont été témoin à plusieurs reprises de la manière dont les garde-côtes libyens interceptent les rescapés en haute mer, pour ensuite les ramener de force en Libye, mais elles doivent aussi effectuer les sauvetages par leurs propres moyens, la communication et la coordination étant quasiment inexistantes de la part des garde-côtes libyens.

En outre, lorsqu'un navire effectue un sauvetage dans cette zone, le Centre de coordination des secours de Tripoli ordonne systématiquement de ramener les rescapés sur les côtes libyennes, bien que le droit maritime et international exige strictement qu’ils soient débarqués dans un « lieu sûr » – ce que la Libye n’est pas.

Fin de l'opération Sophia

Par ailleurs, la fin de l’opération Sophia, qui a récemment été annoncée, est très préoccupante. L'Union européenne, après avoir retiré des ressources navales de l'opération militaire Sophia en Méditerranée centrale en mars 2019, annonce maintenant l'arrêt définitif de l'opération. Cela aura pour conséquence concrète de retirer les moyens d'observation militaire aérienne, qui peuvent être essentiels dans la localisation et l'alerte concernant les embarcations en détresse dans un contexte de manque de coordination des autorités maritimes de la zone.

Alors qu'une nouvelle opération visant à faire respecter l'embargo sur les armes imposé par les Nations unies autour de la Libye devrait être lancée, peu de détails sont encore disponibles à ce sujet. La reprise des activités avec des moyens navals et aériens serait certes la bienvenue, car cela fournirait des ressources capables de mener des opérations de recherche et de sauvetage dans la région.  Cependant, nous sommes préoccupés du fait que la zone d'opération prévue (au large, à l'est de la Libye) servirait à éviter le sauvetage de personnes en détresse en mer (partant généralement de l'ouest de la Libye).

Le sauvetage des personnes en détresse en mer est un devoir et une obligation en vertu du droit maritime. Le fait que cette rhétorique anti-sauvetage façonne désormais les politiques de l'UE au niveau mondial est extrêmement troublant. Comme le rappelle Nicholas Romaniuk, coordinateur des opérations de recherche et de sauvetage de SOS MEDITERRANEE, actuellement à bord de l’Ocean Viking, « Les missions de sauvetage des ONG sont plus que jamais nécessaire ».

Malgré toutes ces difficultés, l’Ocean Viking a repris la mer pour entamer sa septième mission. Actuellement, avec 274 personnes à son bord, il attend qu’un lieu sûr lui soit assigné pour pouvoir débarquer ces rescapés.

L’Ocean Viking, un navire maintenu à flots par la force de l’engagement citoyen

L’Ocean Viking quittait Marseille le samedi 15 février, après une escale technique qui aura duré une quinzaine de jours. Ces escales sont toujours des moments délicats à gérer pour les équipes de SOS MEDITERRANEE. Pour repartir en mer le plus vite possible afin de sauver des vies, certains impératifs techniques doivent être pris en compte. Ainsi, l’Ocean Viking a été à quai plusieurs jours au port de Marseille afin de procéder à un entretien de ses moteurs, une révision complète des canots de sauvetages (les RHIBs), des entraînements des équipes et quelques travaux de peinture. 

Mais cette escale a aussi été l’occasion pour de nombreux soutiens de SOS MEDITERRANEE de découvrir l’Ocean Viking. En effet, une soixantaine de bénévoles européens, venus de Suisse, d’Allemagne, d’Italie et de France, ont pu monter à bord de notre navire, le temps d’une visite. L’occasion de se familiariser avec cet outil, qui a permis aux équipes de SOS MEDITERRANEE de sauver 2093 vies déjà…et de renforcer une conviction : c’est grâce à la mobilisation quotidienne à terre que nous pouvons réaliser des actions de sauvetage en mer.

Parmi les visiteurs de l’Ocean Viking, plusieurs membres du comité de soutien de l’association française ont fait le déplacement : l’actrice Anna Mouglalis, l’ancien joueur de football Lilian Thuram, ou encore le street-artiste Brusk. Tous ont pu échanger avec les équipes à bord de l’Ocean Viking, dont Nicholas, coordinateur de recherche et de sauvetage.

En tout, plus de 100 personnes ont pu se rendre sur l’Ocean Viking durant cette escale. Elles ont côtoyé, au cours de quelques heures, les souvenirs laissés par les femmes, les enfants et les hommes secourus par les équipes de SOS MEDITERRANEE : quelques mots sur les murs des abris dans lesquels ces personnes ont pu s’abriter, des récits de traversée, d’autres sur les souffrances endurées en Libye, des dessins ou encore des remerciements…  
Plus de 100 personnes, qui font partie de ce grand réseau de citoyens européens mobilisés et engagés auprès de SOS MEDITERRANEE, sans qui notre action en mer ne serait pas possible. 

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