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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 26/09/2017

Un débarquement à l’envers

Mardi 26 septembre, au lendemain d’un sauvetage, l’Aquarius est arrivé au port de Pozzallo pour le débarquement dans un « port sûr » des personnes secourues en mer. Benedetta Collini, membre italienne de l’équipe de sauveteurs de SOS MEDITERRANEE raconte l’envers d’un débarquement « à l’envers ».  

« Le bateau manœuvre pour entrer dans le port. Comme d’habitude, sur le quai on aperçoit déjà des dizaines d’agents des différents corps de forces de l’ordre italiennes : les carabiniers, la police nationale, l’armée, les garde-côtes, mais aussi les agents de Frontex. Ils ont pour tâche d’identifier les personnes qui débarquent et éventuellement d’arrêter quiconque puisse représenter un danger pour ceux qui sont à terre.

Sur le quai, on distingue aussi les opérateurs de l’USMAF (Ufficio di Sanità Marittima, Aerea e di Frontiera) du Ministère de la Santé Italien.  On les reconnaît de loin : ils sont tous emmitouflés de la tête aux pieds dans leurs combinaisons blanches stérilisées, les mains dans des gants en latex, le visage caché derrière des masques sanitaires. Comme d’habitude, ce seront les premiers à monter à bord pour effectuer les premiers contrôles sanitaires. Ils doivent s’assurer que personne à bord ne présente de symptômes d’une maladie infectieuse susceptible de contaminer la population. Tant qu’ils ne donnent pas leur feu vert, le pavillon jaune de la quarantaine reste hissé et personne ne peut descendre à terre.

Les humanitaires, de l’UNHCR, de l’OIM, de la Croix Rouge Italienne et des associations qui s’occupent de l’accueil des réfugiés, sont, eux, moins nombreux que d’habitude. Et il n’y a qu’un petit carton de chaussures en plastique qui attend sur le quai.

A bord de l’Aquarius, tout l’équipage a un léger sourire aux lèvres. C’est un débarquement à l’envers.

Il y a plus de forces de l’ordre sur le quai que de naufragés à bord du bateau, dans un rapport ridiculement disproportionné. Rapide calcul : pour 20 naufragés, il y environ 40 agents, soit deux par personne, enfants compris. Un de ces enfants est d’ailleurs gravement malade et devrait être placé d’urgence en environnement stérilisé afin d’être protégé par les pathogènes extérieurs. Pour une fois, de façon involontaire, les combinaisons d’astronautes ne servent pas à protéger le personnel médical d’une malencontreuse contamination par les naufragés, mais à protéger ce petit garçon des dangers de la terre.

L’équipage regarde avec émotion cet enfant et une autre femme malade, secourus de la même embarcation, s’éloigner sur le quai. Faute de médecins et hôpitaux en Libye, ils n’ont eu d’autre choix que de risquer leurs vies et celles de leurs familles en mer, pour tenter désespérément d’arriver quelque part où ces soins pourraient leur être garantis.

C’est un débarquement à l’envers. Les chiffres ne veulent plus rien dire. Chaque vie vaut une vie. »

Texte : Benedetta Collini

Traduction : Mathilde Auvillain

Photos : Anthony Jean / SOS MEDITERRANEE

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