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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 10/05/2016

Découverte

Rencontre avec les donateurs lors d’une soirée à la mairie du neuvième arrondissement. L’occasion de leur raconter la vie pendant trois semaines à bord de l’Aquarius en Méditerranée, la mer, les difficultés et les sauvetages. Et surtout de découvrir et de rencontrer ceux qui permettent cette aventure possible.


« Découverte ».


Au départ, je l’avoue, le personnage m’apparaissait un peu mystérieux. Dans le grand livre des bases de données, on vous le décrit comme une femme de préférence, la quarantaine, pas très riche, mais au grand cœur. Bien. Soit. 
Mais, pour moi, le « donateur/trice » n’avait pas de visage.
Et puis il y a eu cette rencontre un soir dans une salle de la Mairie du neuvième arrondissement à Paris. Combien étaient-ils ? Cent, deux cents ? Lui, au deuxième rang, avait 18 ans, un jean, des dreadlocks, elle, au premier rang, plus de quatre-vingts printemps et un sourire de porcelaine. Ils écoutaient, posaient des questions, avides de comprendre, de discuter, d’aider, de faire bouger les choses. Tiens! C’est cela un donateur de SOS MEDITERRANEE ? Quelqu’un qui ne se contente pas d’un « Ah ! C’est terrible, mais que faire ? » Qui prend le temps de lire, s’informe, conteste, cherche à bousculer le code des bien-pensants qui font la charité pour mieux détourner ensuite le regard. Je les écoutais et ils disaient tous en substance la même chose : « Nous avons le droit d’avoir un avis citoyen. Et nous avons le pouvoir de l’exercer. » Façon d’affirmer que si on ne peut pas changer le monde, on peut au moins en changer une partie. En refusant d’accepter que des hommes se noient sans leur tendre la main pour les sortir de l’eau. Les « donateurs », c’est eux. Ils ne contentent pas de se priver pour faire un chèque à leur mesure, ils veulent aussi participer, se battre, convaincre, se faire entendre. Le jeune de dix-huit ans n’avait pas besoin qu’on lui dise comment surfer sur les réseaux sociaux, mais la vieille dame au sourire de porcelaine a demandé si on pouvait l’aider à écrire un message à ses amies. Histoire de les inviter à prendre la parole, ensemble.
« Ah ! C’est terrible, mais que faire ? » Eh bien, demandez aux « donateurs ». Eux ont trouvé la réponse. Et moi, j’ai découvert des gens vivants. Merci à eux.  

par Jean-Paul Mari. Retrouvez son site Grands Reporters.
Crédits Photos : Patrick Bar

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