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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 08/09/2016

Le transbordement

Sauver des vies en Méditerranée est notre priorité absolue. Mais que se passe-t-il après le sauvetage ? Une fois sains et saufs sur l’Aquarius, les rescapés restent à bord. Toute l’équipe de SOS MEDITERRANEE et de Médecins Sans Frontières s’occupent des femmes, des enfants et des hommes secourus. Notre partenaire médical Médecins Sans Frontières les prend en charge médicalement.

En temps normal nous faisons notre possible pour écourter au maximum leur séjour à bord et nous les débarquons dans un port où ils seront en sécurité. C’est le MRCC (Maritime Rescue Coordination Center) de Rome qui décide de leur destination. Ce Centre de coordination des sauvetages nous indique précisément où nous devons déposer les rescapés.

Généralement, il faut une trentaine d’heures à l’Aquarius pour atteindre les ports de Sicile ou du continent italien. Trente heures pendant lesquelles les migrants restent à bord. Les femmes et les enfants sont mis à l’abri dans un local qui a été aménagé pour eux à l’intérieur du navire. Les hommes restent sur les ponts à l’extérieur ; ce n’est pas l’endroit le plus confortable mais c’est le plus pratique et la seule solution dont nous disposons.

Nous nous occupons de toutes les personnes auxquelles nous portons secours. Hommes et femmes disposent de toilettes séparées sur le pont. Tous peuvent prendre une douche et nous leur donnons un kit d’accueil contenant du savon, des serviettes et de l’eau fraîche. Le matin nous leur préparons un petit déjeuner. Nous leur offrons également déjeuner et dîner. Les repas sont à base d’aliments très énergétiques, utilisés par les sportifs de l’extrême comme les alpinistes par exemple.

A vrai dire préparer des repas à bord pour plusieurs centaines de personnes représente un véritable défi mais avec l’esprit d’équipe qui règne à bord rien n’est impossible.

Toutefois, nous sommes parfois contraints de transborder ces rescapés. En fonction de la situation dans la zone de sauvetage, et du nombre de bateaux de sauvetage opérationnels dans une zone déterminée, il nous est parfois demandé de transborder les personnes secourues sur un autre bateau.  

Nous préférons prendre soin de nos invités le plus longtemps possible et jusqu’au prochain port. Mais il arrive parfois, pour des raisons d’organisation que nous nous trouvions dans l’obligation d’effectuer ces transbordements. Que se passe-t-il ensuite ? Les migrants à bord de l’Aquarius doivent quitter notre navire en pleine mer et embarquer sur un autre bateau.

La logique du transbordement est la suivante : parfois d’autres bateaux de sauvetage ont déjà des rescapés à bord et doivent retourner au port. Afin d’éviter que deux bateaux de sauvetage ne retournent au port simultanément et n’abandonnent la zone de sauvetage, nous optimisons le transfert. Un seul bateau de sauvetage quitte la zone, ce qui fait que l’autre peut poursuivre les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée face aux côtes libyennes.

Lundi dernier nous avons dû dire au revoir à 142 hommes, femmes et enfants après une demi journée passée à bord de l’Aquarius. Même dans un laps de temps aussi court, un lien se tisse entre équipes de l’Aquarius et rescapés qui deviennent pratiquement des amis. Les jeunes enfants jouent avec les sauveteurs et leurs mères en profitent pour se reposer et dormir car elles savent que leurs enfants sont entre de bonnes mains à bord de l’Aquarius.

C’est avec tristesse que les équipes de l’Aquarius et les migrants doivent se quitter après une dizaine d’heures seulement passées ensemble, une fois que tous les rescapés sont sains et saufs sur l’Aquarius.

Mais ces transbordements s’avèrent parfois nécessaires afin que SOS MEDITERRANEE puisse poursuivre ses opérations de sauvetage, sa mission fondamentale, c’est la garantie que d’autres personnes en détresse pourront être secourues en Méditerranée.

Par René Schulthoff

Crédits photos : Isabelle Serro

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