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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 21/09/2016

Nous n’avons aucune chance de nous en sortir en Guinée Conakry

J’ai fait la connaissance de ce groupe de jeunes hommes, originaires de Guinée Conakry, à bord de l’Aquarius. Ils étaient parmi ces enfants, ces femmes et ces hommes, entassés sur les deux canots pneumatiques en détresse, secourus la semaine dernière par SOS MEDITERRANEE.

Ces jeunes hommes âgés de 16 à 20 ans s’étaient regroupés sur le pont. Réflexe naturel après un sauvetage d’un si grand nombre de rescapés provenant de tant de pays différents. Lors de ce sauvetage, 15 pays d’Afrique étaient représentés, le groupe de Guinée Conakry comptait 42 personnes. Les hommes, femmes et enfants, ressortissants d’un même pays tendent à se rassembler dans un même endroit sur le pont. Ils font corps.

“ Nous voulons aller là où nous nous sentirons en sécurité. Nous n’avons aucune sécurité dans notre pays d’origine. " déclare l’un des jeunes hommes de Guinée Conakry. " Il y a plusieurs groupes ethniques en Guinée Conakry. Nous appartenons à la minorité. Les autres font la loi " ajoute un autre.

Depuis quelques années la situation en Guinée Conakry est instable. Pendant la guerre civile au Libéria voisin, qui prit fin en 2003, les problèmes ethniques ont gagné la Guinée Conakry. Des groupes ethniques soutenaient d’autres groupes au Libéria, ce qui engendra des tensions internes en Guinée Conakry. Parfois il y eut même des victimes lors d’attaques inter-ethniques.

“ Nous n’avons aucune chance de nous en sortir dans notre pays. L’autre ethnie contrôle tout, ce qui nous empêche de trouver du travail, de gagner de l’argent, nous sommes rejetés. Impossible de nous en sortir, c’est pour ça que nous avons quitté la Guinée Conakry " dit l’un des hommes.

Certains mineurs ont perdu leurs parents, d’autres quittent leur famille, à la recherche d’un avenir meilleur. Pratiquement tous échouent en Libye où ils espèrent trouver un travail bien rémunéré, ce qui est totalement illusoire.

" En Libye on recevait des coups de poings et on nous battait avec différentes armes. On travaillait sans jamais être payés. Le matin on nous donnait une pomme de terre à manger pour toute la journée. On n’avait que de l’eau salée à boire. Même les enfants se promènent avec des armes. C’est dangereux. Ils tirent sans autorisation. C’était l’horreur absolue pour nous. Il fallait vraiment qu’on quitte ce pays abominable.”

Certains de ces jeunes hommes émettent le souhait de faire des études, d’autres veulent simplement trouver un travail. Ils parlent français mais pas anglais. Ils ne savent pas encore dans quel pays se rendre. S’ils veulent poursuivre leur voyage une fois arrivés en Italie.

“ On ne sait pas vraiment. Je voudrais aller en Norvège ” dit l’un des jeunes. Je lui rétorque qu’il fait froid en Norvège. Il me regarde avec des yeux grands comme des soucoupes " Très froid ? " Je luis dis que la température peut descendre jusqu’à moins 20°. Silence. Puis ils éclatent tous de rire. " Ce sera toujours mieux que chez nous. On mettra des bonnets de laine comme ça " me dit-il en désignant l’un de ses amis dans le groupe qui porte ce genre de bonnet qu’on met pour faire du ski. A noter qu’à ce moment précis, la température atteint déjà 30°sur le bateau.

Je préfère en rire moi aussi et je leur souhaite bonne chance, sachant pertinemment qu’ils n’en ont pas fini avec les épreuves mais qu’avec un peu de chance ce sera plus facile que ce qu’ils ont enduré jusqu’à présent. 

Par René Schulthoff

Crédits photos : Marco Panzetti

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