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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 13/07/2016

Portrait : Mory

Mory se tient debout sur le pont de l’Aquarius, regardant fixement l’horizon. Il tourne légèrement sa tête pour attraper la brise pour se rafraichir après une journée où il a fait très chaud.

“Ça fait du bien” commente-t-il. “Depuis que je suis ici, sur le bateau, depuis que je discute avec les gens, je commence à oublier tout ce qui s’est passé avant. Ça fait vraiment du bien.” 

Tout ce qui s’est passé avant, le jeune malien ne veut pas vraiment en parler. 

“J’étais élève au lycée. On a du passer une année blanche, à cause de la guerre. Ça veut dire que personne n’est allé à l’école. Puis l’année dernière, j’ai perdu mes parents dans une épidémie. Ils sont tombés malades l’un après l’autre. Après leur mort, nous n’étions plus capables de payer nos études alors nous avons quitté l’école.”

“Je n’ai personne dans le monde maintenant, à part ma petite soeur de 15 ans, qui vit à Bamako avec un de mes oncles. Comme elle est une fille et je suis un garçon, c’est plus facile pour moi d’aller me défendre dans le monde, que pour elle. Je suis obligé de me battre pour elle. Elle veut finir ses études et aller à l’université et faire des études de commerce. C’est mon rêve qu’elle puisse faire ça.” 

Mory a quitté le Mali il y a 10 mois. Il a enduré six mois de détention en Libye. 

“En Libye on prend les Noirs de leurs maisons et on les met en prison. Ils nous laissent cinq jours sans manger, puis ils nous donnent un peu de spaghetti. Ils nous frappent, ils nous frappent, chaque jour ils nous frappent.” 

“C’est triste, parce qu’ils sont des africains comme nous, mais ils nous traitent comme des marchandises. Ce pays n’est pas un pays sécuritaire, ce n’est pas un pays du tout. Je ne veux même pas que mon pire ennemi passe par ce chemin. Mais comment faire pour quitter cet endroit ? Retourner dans nos pays où il y a la guerre ?” 

“Tu risques ta vie en Libye et ils te donnent tout le malheur du monde. Mais Dieu merci depuis que je suis dans le bateau je commence à oublier tout ça. Ça fait du bien.” 

Par Ruby Pratka

Crédits Photos : Anna Psaroudakis

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