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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 31/08/2017

4 sauvetages en 48h : “A Sabratha, c’est un véritable enfer” (témoignage)

L’Aquarius affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières a porté secours à trois embarcations en détresse et procédé au transbordement de 143 personnes secourues par un navire marchand dans les eaux internationales, à l’ouest de Tripoli, mardi et mercredi.

265 personnes, dont deux mineurs syriens non accompagnés de 13 et 17 ans, une fillette âgée d’un an seulement, plusieurs femmes enceintes, des personnes blessées se trouvent hors de danger à bord de l’Aquarius qui fait route vers le port de Pozzallo dans le sud de la Sicile, indiqué comme “port of safety” (port sûr) par les autorités italiennes.

Les personnes secourues mardi et mercredi sont originaires de 21 pays différents, principalement d’Afrique de l’Ouest (Nigeria, Guinée Conakry, Mali, Gambie…) mais aussi de Libye (24) et de Syrie (7).

Les opérations de sauvetage se sont déroulées sous la coordination du MRCC Rome à environ 40 milles marins des côtes libyennes, à proximité de plateformes offshore d’extraction pétrolière.

A proximité des plateformes pétrolières

Le premier canot secouru mardi matin par l’Aquarius, avait préalablement été repéré par le Vos Thalassa, un navire de la marine marchande opérant à proximité de la plateforme. Le sauvetage du bateau pneumatique transportant 143 personnes, a été opéré par le cargo Asso Venticinque opérant lui aussi à proximité des plateformes, dans les eaux internationales à l’ouest de Tripoli. Les personnes secourues ont été ensuite transbordées sur l’Aquarius sur instruction du MRCC Rome.

“J’étais à Sabratha. J’attendais dans une sorte de bunker de briques oranges, dans la campagne en dehors de la ville. C’était terrible. Le plafond de cet endroit était très bas. Il y avait des insectes, des puces. Je ne pouvais rien faire. J’attendais qu’on appelle mon nom. Et puis ce jour là, le garde libyen nous a appelés, avec mon ami. Il nous a emmenés à Zuwarah. La bas il y avait 5 personnes arabes qui nous attendaient pour monter sur le canot. Le libyen nous a dit, “allez dans cette direction” et ils nous a poussé en mer. Tout ce qu’on pouvait voir dans la nuit, c’était le grand feu (la torchère) de la plateforme pétrolière” a raconté à une volontaire de SOS MEDITERRANEE un jeune Gambien, secouru avec 6 autres personnes à bord du petit canot en bois repéré par le Vos Thalassa à l’aube mardi matin.

Fuite de Sabratha à bord de canots en bois

A bord d’un second canot en bois, plus grand, secouru mardi dans la journée, se trouvait un groupe de Libyens fuyant la violence et les combats à terre. “Nos amis meurent chaque jour, ou ils sont kidnappés par les milices. Chaque milice est spécialisée dans un type de business : le kidnapping, la demande de rançon, etc. Nous fuyons la guerre, mais nous fuyons aussi parce qu’il n’y a plus d’argent en Libye, il n’y a plus de monnaie” ont raconté les rescapés. 97 personnes, dont 2 enfants de moins de 5 ans, se trouvaient à bord de ce canot secouru au large de Sabratha.

Mercredi, à bord d’un canot en bois transportant 18 personnes dont une majorité de Syriens, se trouvaient deux mineurs non accompagnés originaires de Damas, l’un âgé de 13 ans et son frère de 17 ans. Les deux frères ont expliqué avoir voyagé seuls par avion de la capitale syrienne jusqu’à Khartoum, puis de Khartoum à Tripoli d’où ils ont ensuite été conduits jusqu’à Sabratha pour embarquer sur le canot.

“Ces dernières 48 heures, sur 4 embarcations secourues, 3 étaient des canots en bois, un peu moins surchargés que ce que nous avions pu constater les mois passés pour ce type d’embarcations. Ces bateaux se sont néanmoins retrouvés en détresse, car ils ne sont pas stables et peuvent chavirer à tout moment, n’étant absolument pas adaptés pour des traversées en haute mer. Par chance ils ont été retrouvés à temps, alors qu’ils étaient à 40 milles marins des côtes libyennes” a relevé Nicola Stalla, coordinateur des secours pour SOS MEDITERRANEE à bord de l’Aquarius.

“Les corps étaient placés dans des fosses communes”

Plusieurs personnes blessées et éprouvées par les violences et le manque de soins en Libye ont été prises en charge par les équipes médicales de Médecins Sans Frontières, partenaire de SOS MEDITERRANEE à bord de l’Aquarius.

L’état physique et les récits des rescapés recueillis par les volontaires de SOS MEDITERRANEE témoignent d’une aggravation de la situation des migrants à terre en Libye.

“A Sabratha, il ne faut surtout pas sortir de là où tu es. Cet endroit c’est un véritable enfer. Quand tu vas à Sabratha, tu sais que vas souffrir” a expliqué un jeune Gambien, montrant les cicatrices de coups reçus en détention. Un autre ressortissant gambien raconte avoir été contraint à du travail forcé pour ramasser les corps des migrants morts en mer rejetés sur les plages libyennes, mais aussi ceux des personnes décédées en prison. “Les corps étaient placés dans des fosses communes, parfois il ne restait que la tête. Ces derniers temps il y avait aussi des corps de femmes enceintes” a-t-il expliqué.

“Nous ne pouvons que réitérer notre appel aux Etats européens et méditerranéens à entendre ces témoignages terrifiants avant qu’il ne soit trop tard et avant que d’autres personnes ne meurent en mer en tentant de fuir la Libye, ou ne soient refoulées et renvoyées entre les mains de leurs bourreaux” a déclaré Sophie Beau, vice-présidente de SOS MEDITERRANEE.

Depuis le début de l’année 2017, l’Aquarius a accueilli à son bord 11.431 personnes. 9.025 ont été secourues directement par les équipes de SOS MEDITERRANEE, 2.406 ont été accueillies à bord après un transbordement. 

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