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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 01/05/2018

Oui, j'aurais pu mourir, mais tant pis !

 

Lorsqu’on s’assoit auprès d’elle, au matin du 2 novembre, Josette (*) est en train de discuter avec une autre femme, qu’elle vient tout juste de rencontrer. Installée en tailleur, elle est enroulée dans une couverture près du pont principal de l’Aquarius. Exactement au même endroit où, quelques heures plus tôt, après s’être fermement agrippée aux mains des sauveteurs de SOS MEDITERRANEE, elle posait le pied, et soufflait, rassurée de se trouver enfin en sécurité. 

Josette est Camerounaise. Elle a l’air d’avoir une quarantaine d’années, et se remet à peine d’un voyage éprouvant qui l’a menée de son pays natal à la Libye. Elle a voyagé toute seule pour fuir les persécutions dont elle était victime au Cameroun. Trois mois passés sur la route, parsemés d’agressions, d’arrêts ou de rackets.

Certains sont morts, d’autres ont abandonné

« Parfois, j’ai rencontré du monde et je faisais la route accompagnée. Le voyage a été très long. Par moments, on entendait ‘’bandits‘’, alors on s’arrêtait, on reculait, on essayait de se cacher. On ne savait jamais combien de temps ça pouvait durer, mais c’était long. Certains sont morts pendant le trajet, de fatigue, de faim… d’autres ont abandonné, ils sont repartis mais ils réessayeront, c’est sûr ».

Il n’y avait rien à boire, rien à manger, et plus d’essence pour avancer

« Quand je suis arrivée en Libye je ne connaissais personne. Je suis restée seulement trois semaines, parce que très vite, on m’a présenté quelqu’un, qui m’a demandé si je voulais partir. Après, on m’a mise en relation pour prendre un bateau ». Un « bateau », plutôt un rafiot en plastique blanc, qui ne lui laissait aucune chance d’arriver vivante en Europe.

Partis dans la nuit, Josette et les autres personnes à bord de ce canot ont été secourues le lendemain, après avoir dérivé pendant des heures dans une mer de plus en plus agitée. « Il n’y avait rien à boire, rien à manger, et plus d’essence pour avancer. Chacun se débrouillait comme il pouvait ».

« J’ai du mal à croire que c’est fini. Bien sûr, je savais que ce voyage était dangereux ! Mais ce que j’ai vécu dans mon pays, les violences, les persécutions, ce n’était plus possible. Oui, j’aurais pu mourir. Mais tant pis ». A l’abri sur l’Aquarius, Josette tend une joue vers le soleil qui réchauffe le pont, et ferme les yeux. Elle sourit.

(*) Le prénom et la photo ne correspondent pas à la personne qui témoigne dans ce texte afin de protéger son identité.

Photos : Anthony JEAN / SOS MEDITERRANEE

 

 

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