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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 10/10/2016

Transbordage de 129 réfugiés d'un navire de la marine irlandaise

La semaine dernière, après avoir fait débarquer 722 enfants, femmes et hommes à Vibo Marina, sur la côte ouest de la Calabre, en Italie, l'Aquarius a aussitôt mis le cap sur Catane, afin de s'y réapprovisionner. Dès le lendemain, nous faisions route vers la zone de sauvetage au nord des côtes libyennes. Cela nous prend toujours entre 30 et 36 heures pour atteindre la distance de 25 milles de la Libye.

De jour comme de nuit, les conditions n'étaient pas optimales pour ceux qui souhaitaient fuir la Libye en bateau. Le vent était bien trop fort, soufflant du nord vers le rivage. Et les vagues bien trop hautes pour ces fragiles bateaux pneumatiques, en général en piteux état et toujours dangereusement surchargés de passagers.

Nos équipes étaient aux aguets, à scruter la surface de la mer dès 6 heures tous les matins. Mais nous n'avons pas vu le moindre bateau de fortune le samedi; ce qui signifie - espérons-le - qu'il ne se trouvait personne en détresse à cet endroit-là.

C'est finalement le dimanche que le Centre de Coordination de Rome appelle l'Aquarius : on a besoin de l'assistance de SOS MEDITERRANEE. Le Samuel Beckett,

patrouilleur hauturier de la marine irlandaise, a effectué une opération de sauvetage le matin même. Fait nouveau, c'est au nord de Tripoli qu'ils ont secouru un bateau pneumatique qui transportait 129 passagers. Au cours des 7 mois écoulés, ce n'est pas dans cette zone que l'on a généralement repéré les personnes en détresse.

L'Aquarius se voit invité à accueillir les 129 rescapés, hommes, femmes et enfants recueillis par le Samuel Beckett, qui souhaite poursuivre la traque des passeurs dans cette zone. Avec l'accord de notre partenaire à bord de l'Aquarius, Médecins Sans Frontières, nous acceptons cette mission et sommes rejoints en pleine mer par le navire irlandais quelques heures plus tard. Ce sont les canots de sauvetage de la marine irlandaise qui transbordent les 129 personnes sur l'Aquarius. Il faudra plusieurs navettes d'une heure et demie chacune. 119 personnes de sexe masculin  et 10 de sexe féminin sont les nouveaux passagers de l'Aquarius.

Cette fois-ci, les réfugiés viennent de divers pays d'Afrique, surtout de la côte ouest. Ils sont originaires du Burkina Faso, du Cameroun, de Gambie, du Ghana, de Guinée Conakry, de Guinée Bissau, de Côte d'Ivoire, du Mali, du Niger, du Nigéria et du Sénégal.

Encore une fois, nombreux sont les mineurs non accompagnés parmi eux, surtout des garçons adolescents, qui quittent leurs pays pour différentes raisons. Presqu'un tiers d'entre ces 129 personnes a moins de 18 ans, 47 exactement.

Bien que nous ayons déjà 129 passagers à bord, nous restons une nuit et un jour de plus dans la zone de sauvetage. Notre capacité d'accueil dépasse largement ce chiffre. Ainsi, au cas où une autre opération de secours s'effectuerait le lendemain, nous demeurons sur zone, prêts à transborder de nouveaux rescapés si nécessaire. Mais le lendemain matin, les conditions météorologiques sont encore une fois trop mauvaises pour que de petites embarcations puissent quitter la côte libyenne.

Depuis dimanche midi, nous faisons à nouveau route vers l'Italie. Les journées sont belles, ensoleillées et le vent s'est rafraîchi. Si l'on ne peut pas dire que les conditions soient confortables, elles sont supportables pour les 129 passagers qui passent jour et nuit sur le pont de l'Aquarius.

Nous apercevons la terre le mardi à midi: c'est la côte de la Sicile. Notre bon vieil Aquarius a fait vite! Il ne nous faudra que quelques heures de plus en mer pour atteindre notre destination, le port de Catane. Mais à ce moment-là, il n'est pas encore confirmé que nous ayons le feu vert pour entrer au port en fin d'après-midi et débarquer tous les réfugiés présents à bord. Cependant, chacun l'espère, et nos passagers sont gagnés par l'impatience.

La seule chose à leur dire alors, c'est: "Il faut attendre".

Par René Schulthoff

Crédits photos : Fabian Mondl

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