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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 20/05/2020

[TÉMOIGNAGE] Peter ou le prix de la liberté

Janvier 2020 a été le théâtre de cinq sauvetages difficiles par l’Ocean Viking. En pleine nuit, au milieu de l’hiver, 407 personnes ont été secourues puis ramenées saines et sauves à bord. Un véritable miracle pour Peter qui en était à sa quatrième tentative pour fuir l’enfer libyen. Deux ans plus tôt, c’est le Soudan du Sud qu’il fuyait, un pays qui depuis 2013 a sombré dans une guerre civile particulièrement sanglante. Récit.

 

Peter quitte son pays natal en 2018. Pratiquement dès son arrivée en Libye, il est capturé et incarcéré dans une prison « non officielle ». Ses geôliers exigent une rançon de 25 000 $ US pour l’en faire sortir. Bien entendu, Peter n’a pas cet argent. Il est donc obligé à travailler sans toucher le moindre salaire pendant cinq mois avant qu’on l’autorise enfin à partir. Mais voilà : deux jours après sa libération, il est de nouveau kidnappé. Les trafiquants, qui font en fait partie du même réseau que ses premiers ravisseurs, comprennent alors que l’homme qu’ils ont attrapé est celui-là même qui vient d’être relâché ! Alors ils laissent Peter poursuivre son chemin jusqu’à Tripoli.

 

Mais sa liberté est de courte durée. Dans la capitale, il est capturé pour la troisième fois et à nouveau emprisonné, cette fois dans un centre de détention « officiel » du gouvernement. Mais bientôt, les responsables du centre se rendent compte que Peter est un chrétien du Soudan du Sud : son cas relève donc des compétences du UNHCR (Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés). Prétextant qu’ils ne peuvent le garder en ces murs, ils le transférèrent dans une section non officielle de la prison de Zawiya. Là, il est à nouveau rançonné, et c’est 25 000 dinars (environ 80 000 €) qu’on exige pour sa libération.

 

Lorsqu’il réussit finalement à s’échapper, le 9 février 2019, il tente de traverser la Méditerranée pour la première fois. L’embarcation se disloque en mer et 81 personnes tombent à l’eau. Devant ses yeux, 41 d’entre eux sombrent en mer, alors que les autres s’accrochent à l’épave. Les garde-côtes libyens arrivent et ramènent les survivants en Libye.

 

En juillet 2019, il fait une nouvelle tentative. Cette fois, l’embarcation franchit quelques 25 km avant que le moteur ne tombe en panne. A nouveau, il est intercepté et ramené de ce pays damné qu’il tente désespérément de fuir. Début janvier 2020, Peter embarque pour la troisième fois. Mais le scénario se répète : lui et ses compagnons d’infortune sont capturés par les garde-côtes libyens. Retour à la case départ. Enfin, dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 janvier, le frêle esquif fait de boudins en plastique dans lequel il prend place avec 81 autres personnes est repérée à 108 miles nautiques de la côte libyenne, dans les eaux internationales, dans cette région de recherche et de sauvetage coordonnée par Malte. L’Ocean Viking se porte à leur secours et les ramène à bord, avant de les débarquer dans un lieu sûr. S’il n’a que ses vêtements sur lui, Peter a au moins retrouvé sa liberté.

 

Photo et histoire recueillie par : Hannah Wallace Bowman / MSF

à bord de l’Ocean Viking, le 29 Janvier 2020.

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