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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 20/01/2021

[CARNETS D'HIPPOLYTE] Episode 28 - Sophie Beau, le grand entretien : SOS Union Européenne

janvier. Septième jour de quarantaine, il est 7h du matin, Marseille s’éveille doucement. 

 

La fenêtre de ma chambre ouvre sur un ensemble d’immeubles, une église en fond pour tout horizon. 

Dans un amoncellement de barres encore endormies quelques lumières se font jour, comme des étoiles de vie dans un ciel trop gris. 

Une grue découpe le ciel et éclaire l’ensemble. En contrebas, une dizaine d’ouvriers s’affairent sur un chantier, un immeuble est en construction, remplissant le dernier espace vide, ils montent des murs et des structures, inlassablement. 

  

Une autre fenêtre avec l’extérieur s’ouvre sur mon bureau, ce matin j’ai rendez-vous avec Sophie Beau pour un entretien. Sophie est la directrice de SOS MEDITERRANEE, qu’elle a créé voici 6 ans, avec Klaus Vogel. Nous avons pris le temps d’une discussion fleuve, débridée et éclairante, comme un phare dans la nuit pour mettre en lumière cette situation en Méditerranée centrale. 

  

Sophie démarre la conversation en prenant de mes nouvelles. Nous nous étions déjà croisés brièvement, le temps d’un repas des bénévoles de l’association cet été, le premier après des mois de confinement, sous de grands arbres, par un beau dimanche, dans un décor à la Pagnol. 

  

  

« Comment tu vas Hippolyte ? On est contents de t’avoir, enfin, pour un départ cette fois. » 

  

L’accueil est chaleureux et bienveillant, comme toujours. Je plonge malgré tout assez rapidement au cœur du sujet en évoquant la situation présente. 

  

Cette année 2020 aura été une année noire en Méditerranée centrale. Jamais aussi peu de navires n’auront pu naviguer. Jamais la situation n’aura été autant "invisibilisée". Par le confinement dans un premier temps, par l’acharnement des autorités italiennes ensuite, toujours plus promptes à trouver des raisons de bloquer les navires à terre et de l’Union européenne qui se mue dans un silence assourdissant. Je pensais démarrer la conversation de manière légère, je ne peux m’empêcher de rentrer directement dans le vif du sujet. 

  

« Je me rends compte qu’il y a une demande d’exigence de plus en plus forte vis-à-vis des ONG et de vous en particulier, SOS MEDITERRANEE, d’être toujours plus                    « irréprochables », ce que vous avez toujours été et en même temps les politiques se préoccupent de moins en moins de ce qui se passe, en ne répondant pas aux exigences qu’ils fixent eux-mêmes et en vous demandant à contrario d’être de plus en plus parfaits sur chaque point. Il y a une sorte de double discours qui est assez gênant pour ne pas dire plus non ? » 

  

« Oui... Oui... Clairement. Il y a deux aspects par rapport à ce que tu dis, d’une part il y a la défaillance des Etats, qui est la raison de la création de SOS MEDITERRANEE dès le début.  Ce n’est pas une surprise que les Etats ne remplissent toujours pas leurs responsabilités en Méditerranée centrale, ils n’ont jamais mis en œuvre, de manière coordonnée et européenne, une flotte pour aller secourir des personnes, alors que l’on sait pertinemment qu’il va y avoir des victimes sur cette zone. Il y a eu cette opération de la marine italienne avec l’opération Mare Nostrum… tu vois de quoi je parle ? En 2013-2014, il y a eu cette opération de sauvetage de très grande envergure. » 

  

Le 18 octobre 2013, la Marine militaire Italienne lance l’opération Mare Nostrum, une opération militaire et humanitaire visant à secourir les migrants en perdition en mer Méditerranée centrale.  

« Avec des résultats hors normes démontrant l’ampleur de la situation. »  

  

« Oui, 150 000 personnes secourues ! Et avec beaucoup de moyens déployés l’Italie a vraiment - un moment donné - fait les efforts qu’il fallait faire. Tu connais l’histoire… suite au naufrage d’une embarcation devant Lampedusa en octobre 2013, où il y a eu 366 victimes… Un bateau de migrants était en train d’arriver à Lampedusa, ils ne savaient pas comment accoster. Pour attirer l’attention ils ont mis le feu à des couvertures à bord et le bateau ensuite a pris feu et il a chaviré.  À ce moment-là les Italiens ont mis en place cette énorme opération de sauvetage. C’est la seule mission qui ait eu pour ambition de faire du sauvetage, mise en place par des Européens, sur cette route de Méditerranée centrale. Et cette opération a été torpillée, je le dis clairement, par l’Union européenne, sous couvert d’appel d’air. La fameuse excuse de « l’appel d’air », qui consiste à dire que ce sont les navires de sauvetage qui poussent les gens à partir, parce qu’ils les attirent… » 

 

« Et cette année sans aucun bateau de secours en mer, les départs ne se sont pas arrêtés » 

  

« Oui, on sait que cet argument est fallacieux, mais sous couvert de cette excuse-là, l’Union européenne n’a pas répondu aux demandes d’aide et de soutien de l’Italie. L’Italie s’est retrouvée embarquée dans une opération qui était extrêmement coûteuse, économiquement, financièrement mais aussi politiquement. Elle était isolée et a dû mettre fin à son opération au bout d’un an parce que le soutien demandé n’arrivait pas, et pourtant ce n’est pas faute d’avoir demandé du soutien, demandé du soutien, demandé du soutien... Et c’est là qu’il y a une énorme faute politique de l’Europe, qui est terrible, de ne pas avoir soutenu l’Italie à ce moment-là, parce qu’ils sont responsables de l’absence de navires de sauvetage à ce moment-là et de tous les morts qu’il y a eu ensuite… L’hiver 2014-2015 a été l’hiver le plus mortel en Méditerranée, juste après la fin de cette opération de sauvetage. Il y avait zéro bateau de sauvetage. Zéro.   

C’est à ce moment-là que l’on s’est rencontrés avec Klaus (Klaus Vogel) qui travaillait à bord d’un porte-conteneur sur d'autres mers du globe. C’est là qu’on a décidé de créer SOS MEDITERRANEE, car il n’y avait plus de bateaux de secours en mer Méditerranée. Et cette défaillance-là des Etats, elle perdure depuis des années, car il n’y a toujours pas de flotte de sauvetage européenne ; pire encore, il y moins de présence européenne qu’il y a cinq ans et il y a moins d’actions tout court dans le sens de la sauvegarde de la vie humaine. Il y avait des opérations européennes qui ont eu plusieurs noms : Triton, EUNAVFOR MED Sophia, bref je te passe tous les petits noms... il y avait des navires présents et même si leur mission première n’était pas le sauvetage - elles avaient des buts sécuritaires, la lutte contre les passeurs, ou la surveillance des frontières avec Frontex par exemple - mais en tout cas il y avait des navires qui se retrouvaient très régulièrement engagés aussi, finalement, dans des opérations de secours. » 

  

« Oui des navires étaient présents malgré tout, et quand il y a des bateaux on voit les embarcations à sauver... » 

« Oui ils étaient présents et ils sauvaient des milliers de personnes ! D’ailleurs ils sont très prompts à montrer ces bilans-là, qui sont aujourd’hui des bilans anciens…  Et puis petit à petit ils ont retiré leurs navires, et notamment depuis avril 2019, il n’y a plus de moyens maritimes engagés sur la Méditerranée centrale pour l’opération EUNAVFOR MED Sophia, ils ont laissé seulement des avions. C’est intéressant pour une opération navale de ne plus avoir de moyens navals... Et pour Frontex c’est la même chose, ils ont poussé leurs bateaux plus loin, à l’écart de cette zone de détresse, pour aller faire de la surveillance sur d’autres zones. Donc tu vois il y a ce manque-là, c’est une première chose, de moins de moins de moyens matériels disponibles pour faire du sauvetage en mer. Et ça s’est détérioré. Également politiquement, depuis 5 ans. La charnière c’est 2018, au moins de juin il s’est passé deux choses très importantes : l’Italie a fermé ses ports, Salvini a fait un tweet pour refuser l’accès à l’Aquarius dans les ports en Sicile - alors même qu’on avait déjà une destination qui nous avait été indiquée par les garde-côtes italiens, on était en train de se diriger vers ce port, avec nos 630 rescapés -  et juste après, à la fin du moins de juin, on est retournéà Marseille et on a découvert à ce moment-là, de manière subreptice - ils n’ont fait aucune publicité - que l’Organisation Maritime Internationale (OMI) avait officiellement attribué à la Libye une zone de recherche et de sauvetage ! La Libye devenait responsable de la zone de recherche et de sauvetage d’une grande zone de la Méditerranée centrale, qui auparavant était de fait couverte par les Italiens. Depuis février 2017, c’est clairement la politique qui était en train d’être mise en place par les Italiens et l’Union européenne : il y a eu des accords, des étapes pour aller externaliser cette question vers la Libye. Et puis toute une politique de coopération avec « l’Etat libyen », pour "former les garde-côtes libyens, les équiper et surtout leur donner comme mission d’aller intercepter les bateaux en détresse et de ramener leurs occupants en Libye. » 

  

« C’est un peu comme s'il y avait une volonté de ne pas s’occuper du problème et de filer le bébé aux Libyens ? « Ça nous regarde plus, on les finance et ils se débrouillent avec ça, il se passe ce qu’il se passe et voilà » c’est un peu ça le principe ? » 

« C’est ça. C’est un peu comme avec la Turquie si tu veux, c’est la même idée d’externalisation qu’avec la Turquie au mois de mars 2016, où à coups de milliards on demande à un pays externe à l’Union européenne de bloquer les flux migratoires. L’Union européenne a une politique totalement cynique depuis février 2017 avec la Libye. C’est quelque chose qu’ils assument. » 

  

« Mais ils ne sont pas complètement hors sol, ils savent ce qu’il se passe et ce qu’ils font ? Tu penses que c’est volontaire ou ils n’ont pas de vision globale ? » 

« Bien sûr qu’il y a des gens qui savent. Mais ce qui est certain c’est que nous, on a vraiment eu du mal à faire entendre ce qui se passait en Libye. Quand on a démarré les opérations de sauvetage en mars 2016, lors du premier sauvetage, Klaus, qui était à bord, a halluciné. Parce qu’on n’avait pas du tout anticipé à quel point on allait récolter des personnes aussi fracassées par l’enfer libyen… ça… on n’avait pas la mesure de cela… Et cette question-là elle était très peu documentée à l’époque. Et très peu rapportée publiquement. Donc on a essayé pendant toute l’année 2016 de faire entendre ces témoignages qu’on a recueillis sur l’Aquarius. On avait documenté ça dans un recueil de témoignages, « Les Naufragés de l’Enfer », tu avais eu ce livre de Marie Rajablat ? Je te le ferai passer, mais bon de toute façon tu vas les avoir en direct sur le navire, les témoignages malheureusement ça va être les mêmes qu’il y a cinq ans…. On a essayé d’aller voir les autorités depuis le début avec ce matériel, en leur disant à quel point c’est inimaginable ce qui se passe en Libye, dans les camps de détention officieux ou officiels - il y a une très grande porosité entre les garde-côtes libyens, les autorités, les soi-disant forces de l’ordreles milices et les réseaux de traite. Et ça c’est une réalité qui a eu beaucoup, beaucoup de mal à émerger, même si on essayait d’en parler dans les médias, on n’arrivait pas à se faire entendre. Ce n’est vraiment sorti que lorsque CNN a fait un reportage - en smart phone j’imagine ou caméra cachée - dans un marché d’esclaves en Libye, pendant une vente aux esclaves. » 

  

« Oui je me souviens de ces images. » 

« C’est à ce moment-là que ça a vraiment percé cette réalité, tu vois. Nous ça faisait deux ans qu’on était en mer en train de documenter des témoignages, tous concordants, sur cet enfer dans les camps en Libye. Et les gens n’écoutaient pas, n’entendaient pas, bouchaient leurs oreilles. Pendant ce temps la politique de coopération avec la Libye était en train de se développer. Et forcément ça gênait ce qu’on disait. Ils ne voulaient pas l’entendre. » 

  

« Oui c’est surréaliste comme confrontation. C’est assez fou d’ailleurs que ce soit souvent des médias étrangers qui doivent documenter un évènement pour qu’il devienne « recevable ». Dernièrement le New York Times a publié cette histoire des autorités grecques, qui aurait remis en mer, dans la clandestinité, plus d’un millier de rescapés du camp de Lesbos, les laissant sciemment dériver et disparaitre en mer, sur des bateaux pneumatiques, de nuit. Ceci n’a quasiment pas été repris dans la presse européenne sinon française pour ce que j’en ai lu, alors que c’est une situation incroyable humainement et intellectuellement, ça dépasse le désengagement des Etats, ça devient une volonté manifeste. » 

« Oui...  c’est un peu plus subtil en Méditerranée centrale, c’est une politique de coopération avec la Libye, qui les mandate pour aller faire du sauvetage en mer soi-disant, c’est bien habillé, « mandatés pour faire du sauvetage », ils sont équipés pour et formés, il y a eu des dons de matériel... je te parle de dizaines de millions d’euros … ce n’est pas hyper transparent, parfois on a des chiffres qui sortent : 240 millions, 400 millions, je ne sais pas combien au total a été dépensé, mais c’est de cet ordre-là. Il y a une masse d’argent qui est investie pour un accord entre l’Union européenne et la Libye, qui passe par l’Italie surtout, puisque ce sont les Italiens qui font le travail de négociation avec les Libyens… Par exemple, les Italiens ont été présents dans le port de Tripoli, avec des moyens militaires, pour mettre en place ce centre de coordination des secours libyens, depuis 2017 ou 2018. Et depuis juillet 2018, officiellement, les Libyens ont la responsabilité de la coordination des sauvetages en mer, alors qu’avant c’étaient les Italiens. Tant que les Italiens étaient en charge, ça s’était très bien passé, il faut reconnaitre qu’ils étaient très professionnels et que ça fonctionnait extrêmement bien. » 

« Vous les appeliez pour un port de débarquement sûr pour les rescapés, ils vous répondaient à l’époque… » 

« Oui non seulement on les appelait, mais eux nous appelaient ! Ils nous mandataient et nous considéraient comme un moyen de sauvetage, ils nous mobilisaient, ils mobilisaient les autres navires, c’était vraiment au plus efficace pour aller secourir les personnes. Tandis que là avec les Libyens depuis juillet 2018, c’est : surtout ne pas mobiliser les ONG pour aller porter secours. C’est en fait la course pour aller intercepter les embarcations en détresse (par les garde-côtes libyens), quand bien même ils y vont. Car on ne sait pas ce qu’ils ont comme information sur les bateaux en détresse, ce qu’ils font vraiment ou ce qu’ils ne font pas, on ne sait rien. On ne peut pas le savoir, il n’y pas de circulation d’informations comme il devrait y en avoir. Il n’y a pratiquement aucune transmission par les autorités maritimes. Évidemment les personnes en détresse n’ont aucun intérêt à aller appeler les garde-côtes libyens non plus, donc qu’est-ce qu’ils ont comme informations ? Très probablement les Italiens basculent les informations des bateaux en détresse qu’ils reçoivent vers les Libyens. Nous on a continué à appeler les Italiens, qui nous renvoyaient systématiquement vers les Libyens. On appelait le centre de secours italien quand il n’y avait pas de réponse du côté libyen, et les Italiens nous disaient à chaque fois : “non, non, nous on n’est pas responsables, appelez les Libyens”. Et on leur disait : “mais les Libyens ne répondent pas en fait”. Il y a un retrait très clair des Italiens pour ne plus être responsable de la coordination, puisque c’est l’Etat normalement qui coordonne les secours, qui doit aussi assurer qu’il y a un port sûr de débarquement. Et c’est là qu’on tombe dans l’absurde total, puisque maintenant ce sont les Libyens qui sont censés désigner un port sûr. Alors même que les Etats européens reconnaissent que la Libye n’offre pas de port sûr. On est dans l’absurdité la plus totale. » 

  

« Et vous, SOS MEDITERRANEE et les autres ONG de secours, on va vous demander d’être plus irréprochables que jamais en vous empêchant d’agir… » 

« Oui, alors en parallèle de toutes ces défaillances des Etats, que je viens de te décrire, et de ces incohérences-là, il y a eu une criminalisation progressive des navires de sauvetage, à partir de 2017. Début 2017 c’est venu de la fachosphère italienne en premier lieu, qui a commencé à répandre fake news sur fake news à propos des navires de sauvetage, et on en a fait les frais. Par exemple quand je te dis fake news, ils inventaient des sauvetages que l’on aurait fait devant les côtes libyennes, dans les eaux territoriales, on serait allé chercher les gens sur les plages, des choses totalement fausses, qui se retrouvaient de temps en temps dans les journaux italiens, y compris des journaux « sérieux ». Et on a bien senti à ce moment-là que pour l’Italie, politiquement - ce n’était pas encore l’ère Salvini, c’était avant l’arrivée du mouvement Cinq Etoiles en Italie - on a senti qu’il y avait une telle montée du populisme que le gouvernement italien avait besoin de donner des gages à son opinion publique. À ce moment-là il y a eu toute une série d’évènements que tu pourrais qualifier de reprise en main ou de tentative de contrôle, par le pouvoir italien, sur cette situation en mer Méditerranée centrale. Et qui s’est manifestée par toute une série d’auditions, il y a eu des enquêtes parlementaires auxquelles on a dû répondre, au parlement, au sénat, à Rome, à des questions totalement farfelues, des accusations disant que l’on faisait des appels de phare aux passeurs ou que sais-je encore, mais qui dérivaient de toutes ces fake news dans la fachosphère italienne et qui ont commencé à créer un bruit de fond de dénigrement, de manque de sérieux, de collusions avec les passeurs. Alors même si on a démonté tout cela quand on y était invité, le mal était fait et s’était installé dans une partie de l’opinion publique. Ensuite le gouvernement a mis en place un code de conduite pour les ONG, qui reprenait toutes les accusations dont on faisait les frais : vous ne pouvez pas faire des appels de phare, vous ne pouvez pas couper votre AIS (le système d’identification automatique par satellite), vous ne pouvez pas faire ci, pas faire ça, comme si on le faisait ! Et qui laissait entendre qu’on était en tort. Ce qui se passe aujourd’hui et la détention de tous les navires de secours des ONG depuis 2020, c’est dans la droite ligne de ce code de conduite de juillet 2017. Il y a une continuité entre ces allégations à l’encontre des ONG, qui donne lieu à un “code de conduite” - qui permettrait soi-disant une reprise en main de la flotte de sauvetage par le pouvoir italien - et ces accusations alléguant qu’on ne serait pas en règle, c’est tout à fait dans la même idée. » 

  

« Ils rajoutent des lignes administratives pour gagner du temps et de la légitimité par rapport à leur faillite en quelque sorte ? » 

« Oui, il y a toujours des accusations de manque de quelque chose. D’ailleurs dès le code de conduite de 2017, il y avait un alinéa qui parlait de la capacité de sauvetage des navires, de l’équipement, de l’habilitation que nous, les ONG en général, on avait contesté en bloc, car ça n’existe pas dans le droit maritime. Puis certaines ONG avaient signé le code au bout d’un mois, d’autres n’avaient pas du tout signé, mais en général avaient arrêté leurs opérations, et nous on a été renégocié une autre version. On a été reçu par le ministère de l’intérieur italien à l’époque, et on a présenté une version amendée en disant : ça ce n’est pas possible, ça ce n’est pas possible, mais pour le reste ok. On avait surtout enlevé les deux trois points critiques qui n’étaient pas acceptables, notamment la présence de policiers à bord, avec des armes. L’autre point complètement absurde, c’était l’interdiction de faire des transferts de rescapés entre les bateaux, alors même que ces transferts étaient ordonnés par les garde-côtes italiens. C’était totalement incohérent. Ce qui montre à quel point c’était politique et pas concerté avec les intéressés, avec les garde-côtes italiens, avec ceux qui savent comment ça se déroule. Cette histoire d’irréprochabilité elle date de 2017, y a une sorte de suite logique. » 

 

Le grand entretien avec Sophie Beau est à suivre dans la seconde partie :  

Les poubelles de l’histoire 

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