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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 01/08/2020

[CARNETS D'HIPPOLYTE] Episode 5 - La bonne adresse

Visite aux locaux de SOS MEDITERRANEE à Marseille. Je remonte des rues. Traverse des carrefours. Un numéro. Une grande porte. Un interphone. Je sonne.

Déclinaison d’identité. «Un rendez vous?» La porte s’ouvre. Je monte les étages. Une lourde porte sécurisée. Un oeil de boeuf. Je sonne.

La porte s’entrouvre. «Hippolyte?» Gel hydro alcoolique. Masque. «On m’a dit que vous aviez voyagé, le protocole.»

Visite aux locaux de SOS MEDITERRANEE à Marseille. Je remonte des rues. Traverse des carrefours. Un numéro. Une grande porte. Un interphone. Je sonne.

Déclinaison d’identité. «Un rendez vous?» La porte s’ouvre. Je monte les étages. Une lourde porte sécurisée. Un oeil de boeuf. Je sonne.

La porte s’entrouvre. «Hippolyte?» Gel hydro alcoolique. Masque. «On m’a dit que vous aviez voyagé, le protocole.»

Les locaux de SOS MEDITERRANEE ne sont pas sécurisés sans raison.

Voilà deux ans, une équipe de Génération Identitaire, groupuscule d’extrême droite, avait pénétré les anciens locaux de Marseille, séquestré l’équipe sur place et déployé une immense banderole sur la façade extérieure, donnant sur la rue, les accusant de complicité avec les passeurs.

Isabelle m’accueille, je chauffe derrière mon masque.

Elle est en charge des médias vidéos et photos.

Je devrais voir Laura, mais elle est en réunion.

- Vous ne tombez pas au meilleur moment.

- En fait je me disais que je pourrai commencer à bosser ici, sur ce qui se passe, raconter de l’intérieur, à terre, en attendant.

- Ah oui, il faudrait en discuter, ce n’était pas prévu... Je finis dans 30 minutes. Je te laisse avec Isabelle.

Oui je vais attendre.

Je reste dans le bureau d’Isabelle.

Des têtes passent par l’encablure de la porte, ça s’affaire de toutes parts.

- Ça va, vous survivez?

Une dame rentre dans la pièce, énergique et souriante, un bout de papier à la main qu’elle porte à Isabelle.

- Je suis Sabine, je m’occupe de l’évènementiel.

- Ben ça doit pas être fou en ce moment?

Sourire jaune, un tantinet amusé désabusé.

- Non, tu te doutes bien. Après on s’adapte, on se réinvente, on n’a pas le choix. Mais c’est clair que la crise Covid nous a pas aidé. Tous les évènements ont été annulés. Niveau évènements c’était, c’est la cata. Il nous restait les actions sur internet, on a lancé le hashtag #toussauveteurs, pour continuer à mobiliser un maximum de monde, ça bouge encore. Le 26 septembre on fêtera les 5 ans de SOS MEDITERRANEE. On aura un grand évènement de prévu ici à Marseille, à la Criée. Pour l’instant c’est maintenu. On croise les doigts… y a plein d’évènements forts prévus pour les 5 ans.

Sabine est à SOS MEDITERRANEE depuis le début de l’aventure, d’abord comme bénévole puis comme salariée, depuis janvier 2017. Ancienne manager de groupes de musique, notamment pour les corses d’A Filletta, elle connait le milieu de spectacles, des scènes, des festivals et donne toute son énergie à SOS depuis.

- T’es à La Réunion? On était venus là-bas avec A Filetta…

- Pour jouer avec Danyel c’est ça?

- Ahah oui ! Tu connais Daniel Waro?

- Ben je fais ses pochettes vinyles en fait et l’album Aou Amwin avec A Filetta est un de mes préférés je crois. »

« Ah ben voilà, la planète quoi.

Sabine a fait du chemin depuis, développé les évènements autour de SOS MEDITERRANEE avec 17 antennes en France et d’autres en Allemagne, en Italie et depuis peu en Suisse.

Soit près de 500 évènements par an, comme un immense réseau de solidarité active à terre, plus dense que les jours d’une année.

- Tu gères les 500?

- Non, on a des équipes bénévoles relais partout, mais ils font appel à moi pour les gros rendez-vous.

Peu à peu tout le monde se détend face à ma présence.

Il faut dire que l’équipe a été soumise à rude épreuve ces derniers jours.

- On pourrait dire qu’on est habitués, mais là c’est inédit. Le bateau, l’équipage étaient en danger. Les rescapés craquaient face à cette attente qui nous mettait tous sous pression. On n'avait aucune info. L’Europe et les États eux ne réagissaient pas, malgré les accords qu’ils ont ratifiés et le droit international.

Laura est usée physiquement et nerveusement.

- Là le bateau est mis en quatorzaine, on vient de l’apprendre.

- Mais qui décide de ça?

- Les autorités sanitaires italiennes. Nous avions débarqué dans un port italien, nous étions sous leur responsabilité administrative. Encore une fois il n’y a pas de discussions. C’est comme ça et on obéit.

Malgré tout, Laura reste dans ce respect des décisions, sans jugement, laissant la colère pour d’autres, gérant « au mieux », dans l’intérêt et la sécurité des équipes sur le bateau. Et des migrants.

- Ils ont débarqué les migrants, après 11 jours d’attente, la plupart en détresse psychologique avancée… pour les remettre sur un autre bateau, le Moby Zaza, en quatorzaine…

Je montre mes premières pages de BD à Laura (Isabelle me pousse un peu à le faire, enthousiaste)

Laura est émue et amusée. Un sourire se dessine enfin sur son visage à la lecture des planches.

- Tu vois, je pourrais raconter ce que vous faites ici à terre, c’est important d’avoir cette vision de l’intérieur, un peu décalée, de raconter ça, aussi.

- Oui, c’est génial, i faut juste que je prévienne les équipes, ils ne sont pas habitués ni prévenus…

Laura conserve toujours ce soin du liant général avant tout. Bienveillance.

Au moment de quitter les bureaux, Sabine me voit depuis son bureau, où elle discute avec une dame. Je comprends qu’elle parle de moi.

Elles viennent à ma rencontre. C’est Sophie Beau, la présidente et fondatrice de SOS MEDITERRANEE.

Elle est surprise et heureuse de me voir, on s’embrasse, faisant pour la première fois fi du protocole sanitaire.

Je lui dis mon envie.

- Mais pourquoi n’y a-t-on pas pensé avant? C’est une idée merveilleuse! Ah! Ça fait du bien de voir des personnes avec de l’énergie!

L’équipe qui n’en manque pas, part dans un rire général sous les traits tirés et la fatigue palpable. Il y a principalement des femmes en cette fin de journée.

- C’est vrai que les journalistes parlent toujours du navire, des sauvetages. Mais ce n’est pas que ça SOS, c’est un tout, mais personne ne l’a jamais vraiment raconté.

Tentons de répondre à cet appel.

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