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Ocean Viking
JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 07/06/2021

[DERRIÈRE L'OBJECTIF] « Un arrêt de mort » Flavio Gasperini, photographe à bord de l'Ocean Viking

Derrière l’objectif est une rubrique qui donne la parole à un photographe monté à bord de l’Ocean Viking afin de commenter le cliché qui lui semble le plus révélateur ou le plus marquant de la mission. Flavio Gasperini, photographe italien, a été témoin des conséquences d’un naufrage lors de sa mission en avril 2021. C’est la photo en bas de page qu’il a choisi de raconter.

Attention, la photo ci-dessous peut choquer les personnes sensibles.


Le 21 avril 2021

Il fait nuit, il fait froid, le vent souffle.

Le navire se dirige lentement vers un signal de détresse, sur le pont la lumière rouge se reflète sur l'helideck de manière diffuse. Luisa, la coordinatrice de la recherche et du sauvetage à bord de l'Ocean Viking, se tient debout face au radar, attendant qu'un point apparaisse. Les minutes s’écoulent, le vent se lève, la houle se fait plus forte, le ciel reste noir et le point n'apparaît jamais.

Sous un ciel qui, de symbole de liberté, s'est transformé en arrêt de mort, près de 130 personnes s’agrippent à un bout de caoutchouc, frigorifiées et pieds nus, tandis que la mer tente de les dévorer avec une rage indomptable. Ils essaient de tenir, encore et encore, à bout de force, sur une mer trop agitée et trop froide, et commencent à faiblir.

Le 22 avril 2021.

Le soleil est déjà haut, la mer est toujours en colère mais moins que la nuit dernière. Les navires marchands qui sont arrivés sur les lieux patrouillent la zone avec précision, suivant un itinéraire qu'ils ont eux-mêmes établi.

Le bateau pneumatique est là, ou ce qu'il en reste. Des cadavres flottent ici et là, des points jaunes à la dérive sur la mer, comme des tâches de couleur disséminées sur une toile bleue, altérant imperceptiblement sa couleur.

Ce qui reste de ces 130 personnes, c’est une variation de couleurs, et un monde qui ne se tient pas pour responsable de ces morts.

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