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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 14/06/2021

[TÉMOIGNAGE] Sofiane, rescapé secouru par l'Aquarius

« En Libye, on ne va jamais directement d’un point A à un point B […] »

Sofiane*, originaire du Cameroun

 

Dans le cadre de notre mission de témoignage, nous publions aujourd’hui la dernière lecture de Paroles de rescapé.e.s, un travail réalisé par trois bénévoles marseillaises , tiré de l’ouvrage « Les Naufragés de l’enfer », de Marie Rajablat, infirmière embarquée à bord de l’Aquarius.

 

Témoignage recueilli à bord de l’Aquarius le 24.11.2016

 

« Ceux qui n’étaient pas assez rapides ou trop malades étaient abandonnés sur place. » 

Dans une volonté de sensibiliser des élèves de toute âge à l’importance du sauvetage en mer, plusieurs bénévoles de l’association ont sélectionné de courts extraits de leur performance  « Il y a des montagnes dans la mer » (à écouter dans son intégralité ici). Elles en ont fait des capsules pédagogiques, à utiliser en ligne ou dans les établissements scolaires. Ce dernier témoignage, lu par Karine et mis en images par Brigitte, raconte l’histoire de Sofiane, un Camerounais parti travailler en Libye.

Sofiane a 40 ans lorsqu’il quitte son pays natal, le Cameroun. Ingénieur en pétrochimie, il avait candidaté dans plusieurs entreprises libyennes d’extraction pétrolière : deux d’entre elles l’invitent à se rendre en Libye. Il raconte les conditions dans lesquelles il a voyagé jusqu’à Sabha, en Libye : « […] entassés à une cinquantaine dans un camion bâché, quasiment sans boire et sans manger […] ».

 

« Chacun sème la terreur pour prélever sa part au passage […] »

Une fois arrivé sur place, Sofiane décrit le traitement réservé à certains nouveaux arrivants comme « un trafic très lucratif », où les hommes sont vendus « entre 325 et 3250 euros » selon leurs compétences. Les femmes quant à elles sont le plus souvent réduites en esclave sexuel. Le jeune ingénieur témoigne de certaines exactions auxquelles il a été forcé d’assister : « […] ils organisent des scénari devant nous et nous obligent à regarder. » Des sévices parfois commis sur de «  très jeunes filles ». 

La diffusion de ces récits auprès des jeunes générations reste essentielle – le choix du témoignage étant fait en fonction de l’âge des publics. Elle permet de redonner de l’humanité à ces rescapé.e.s, tout en permettant aux plus jeunes – du primaire à l’enseignement supérieur - de réfléchir sur ces sujets et d’exprimer leurs émotions, comme le montrent les dessins réalisés par des collégien.ne.s  à retrouver ici.

 
*Afin de préserver son identité, le nom et la photo de à la personne qui livre son témoignage ont été modifiés

 

Crédits 
Montage : Brigitte, bénévole
Voix : Karine, bénévole
Son : Radio Bam

***

Transcription complète de la lecture du témoignage de Sofiane 

« Nous sommes arrivés à Agadez à la tombée de la nuit après avoir parcouru environ 950 km, entassés à une cinquantaine dans un camion bâché, quasiment sans boire et sans manger. A peine quelques arrêts pour uriner et juste le temps de remonter. Ceux qui n’étaient pas assez rapides ou trop malades étaient abandonnés sur place. Arrivés à Agadez donc, passeurs et rebelles ont négocié. En Libye, on ne va jamais directement d’un point A à un point B. Il faut toujours suivre un réseau très organisé, où chacun sème la terreur pour prélever sa part au passage : les passeurs, les miliciens, les bandes armées rebelles et les habitants qui nous fournissent ce qui est censé être le gîte et le couvert.

 

Les hommes sont vendus entre 325 et 3 250 euros suivant ce qu’ils savent faire. Les femmes sont vendues entre 150 et 1 500 euros. Elles sont abusées, violées, parfois ils organisent des scénari devant nous et nous obligent à regarder. Parfois sous la menace armée, ils obligent certains d’entre nous à violer ces femmes, ils font des vidéos qu’ils envoient aux familles. Ou encore, ils vendent ces femmes dans des réseaux de prostitution […] Quand je parle de femmes, j’inclus de très très jeunes filles... ». 

 

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