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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 06/01/2021

[REGARDS SUR LA MÉDITERRANÉE CENTRALE] #10 265 vies sauvées parmi des morts tragiques et des retours forcés vers la Libye en ce début d'année

Cette publication de SOS MEDITERRANEE a pour but de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés en Méditerranée centrale au cours des deux dernières semaines. Il ne s’agit pas de livrer une revue exhaustive des faits, mais plutôt de fournir des informations sur l’actualité de la recherche et du sauvetage dans la zone où nous opérons depuis 2016, sur la base de rapports publiés par différentes ONG et organisations internationales ainsi que par la presse internationale.

265 personnes sauvées en moins de 48 heures entre fin 2020 et début 2021

L'Open Arms de l'ONG espagnole Proactiva Open Arms a secouru 265 personnes  lors de deux opérations distinctes dans la nuit de la Saint-Sylvestre et le 2 janvier. Tous les rescapés ont été  débarqués  au large de Porto Empedocle, en Sicile, dans la nuit du 4 au 5 janvier. Les adultes ont été transférés sur un navire de quarantaine, le Rhapsody, alors que les mineurs -qui ont tous été testés négatifs  au COVID-19 avant leur débarquement, ont été transférés à quai par des bateaux de patrouille. Parmi les rescapés, il y avait 51 mineurs non accompagnés, 6 bébés et une femme enceinte de 9 mois. Au cours de la première opération, l'équipe de l'Open Arms avait secouru 169 personnes à bord d'une embarcation en bois dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne. Lors de la seconde opération, 96 personnes ont été secourues à bord d'une embarcation en bois en détresse dans la zone de recherche et sauvetage maltaise. Comme l’a rapporté le Times of Malta, selon l’ONG Alarm Phone, qui gère une hotline téléphonique pour les personnes en détresse en mer et qui était la première à être informée de la situation de détresse de l'embarcation, les autorités maltaises n'ont pas répondu à l'appel de détresse.

 

Les départs, les morts tragiques et les retours forcés ne se sont pas stoppés

Dans la triste continuité des événements tragiques qui ont marqué 2020, de nouveaux naufrages et retours forcés vers la Libye ont été constatés en ce début d'année.

Le 26 décembre, Alarm Phone a signalé une embarcation en détresse avec environ 13 personnes à bord. On ne sait pas ce qu'elles sont devenues. Le 24 décembre, un corps s'est échoué sur la côte libyenne, tandis qu’un tragique naufrage a fait disparaître au moins 20 personnes au large de Sfax, en Tunisie. Selon Il Manifesto, « parmi les 20 corps repêchés par les garde-côtes tunisiens, il y avait 19 femmes, dont quatre étaient enceintes ». Les garde-côtes tunisiens ont secouru plusieurs personnes et ont recherché au moins 13 autres personnes portées disparues.

Au cours des cinq premiers jours de l'année, le projet de l'OIM sur les migrants disparus a été informé de 15 décès. Le 3 janvier, huit personnes ont été signalées disparues en mer à l'Organisation Internationale pour les Migrations, par des rescapés qui avaient été ramenés en Libye. Entre le 3 et le 4 janvier, selon l'OIM, plus de 160 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont été interceptées en mer et ramenées de force en Libye par les garde-côtes libyens. Parmi elles, 9 femmes, dont une enceinte, et 11 enfants, d'après les informations fournies par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

En 2020, au moins 779 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée centrale, selon le projet de l'OIM sur les migrants disparus – un chiffre minimum, ne prenant pas en compte tous ceux qui ont péri lors de naufrages invisibles, sans témoins. Et un total de 11 891 personnes ont été interceptées et ramenées en Libye, selon l'OIM.

Les arrivées autonomes en Italie se poursuivent malgré le mauvais temps

Malgré la mer agitée et les hautes vagues, plusieurs arrivées autonomes ont été rapportées ces deux dernières semaines par des médias italiens et des organisations internationales à Lampedusa, Pantelleria et Crotone. Le 31 décembre, une embarcation avec 20 personnes à bord est arrivée de manière autonome à Lampedusa. Le 27 décembre, plus d'une centaine de personnes sont arrivées sur l'île sicilienne après que leur embarcation ait été projetée contre une falaise par la mer déchaînée. Selon Alarm Phone, trois embarcations sont arrivées à Lampedusa en 24 heures, entre le 23 et le 24 décembre, - au moins une embarcation transportant 65 personnes est arrivée de Libye le 24 décembre, selon l'OIM. Plus de 110 personnes ont été signalées comme étant arrivées à Pantelleria entre le 23 et le 25 décembre. Selon la journaliste de Rai News 24 Angela Caponnetto, un voilier venant de Turquie est arrivé dans la région de Crotone le 23 décembre.

Selon Ie ministère de l'Intérieur italien, 34 134 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes en 2020, le nombre d'arrivées par la mer étant en augmentation de 198% par rapport à 2019.

 

Une seconde plainte contre l’Italie, 5 navires humanitaires toujours bloqués

Le 5 janvier, Sea-Eye a intenté un procès pour s'opposer à la détention du navire de sauvetage Alan Kurdi devant le tribunal administratif italien de Cagliari. Selon l'ONG allemande, « le tribunal devrait maintenant se prononcer sur la légalité de la détention dans le cadre d'une procédure d'urgence ». Le navire est détenu en Sardaigne depuis trois mois.

Le 23 décembre, le tribunal administratif régional de Palerme a ordonné le renvoi devant la Cour de Justice de l'Union Européenne des recours formés par Sea-Watch contre les détentions administratives des navires Sea-Watch 3 et Sea-Watch 4. Le tribunal administratif régional a demandé à la Cour européenne de statuer sur la légitimité de l'application de la directive européenne 2009/16/EC (sur les contrôles effectués par l'Etat du port) à un navire humanitaire battant pavillon étranger. Le tribunal administratif régional a reporté sa décision quant à la demande de Sea-Watch de suspendre les détentions jusqu'au 26 janvier, en attendant de savoir si la Cour européenne appliquera ou non la procédure accélérée. 

 

Ces deux dernières semaines encore, il n’y avait quasiment aucun navire humanitaire patrouillant en Méditerranée centrale. Cinq navires d'ONG humanitaires sont toujours dans l'impossibilité d'opérer à cause de blocages administratifs. SOS MEDITERRANEE exprime son soutien total à leurs équipes dans leurs efforts pour reprendre la mer, tandis que nos équipes effectuent une période de quarantaine et préparent le retour en mer de l'Ocean Viking après sa libération le 21 décembre.

 

Crédit photo : Anthony Jean / SOS MEDITERRANEE

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