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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 12/05/2021

[REGARDS SUR LA MEDITERRANEE CENTRALE] #19 Alors que les naufrages, les arrivées en Italie et les retours forcés en Libye se multiplient, la crise humanitaire en Méditerranée centrale suscite plusieurs appels à l’action auprès des États européens.

Cette publication de SOS MEDITERRANEE a pour but de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés en Méditerranée centrale au cours des deux dernières semaines. Il ne s’agit pas de livrer une revue exhaustive des faits, mais plutôt de fournir des informations sur l’actualité de la recherche et du sauvetage dans la zone où nous opérons depuis 2016, sur la base de rapports publiés par différentes ONG et organisations internationales ainsi que par la presse internationale.
 

Ce 30 avril 2021, le port d’Augusta, en Sicile, a été assigné comme lieu sûr pour débarquer les 236 personnes secourues le 27 avril par l’Ocean Viking, alors qu’elles dérivaient sur deux embarcations pneumatiques dans les eaux internationales au large de la Libye. Toutes les personnes rescapées ont été testées à la Covid-19 par les autorités sanitaires italiennes avant d’être débarquées le 1er mai. L’équipage de l’Ocean Viking est actuellement en quatorzaine dans le port d’Augusta à la demande des autorités sanitaires italiennes. Au cours de leur dernière mission en mer, les équipes de SOS MEDITERRANEE ont pu constater les conséquences dramatiques d’une catastrophe qui ne cesse de s’amplifier : un naufrage sans aucun.e survivant.e, le sauvetage simultané de deux embarcations pneumatiques surchargées, plusieurs interceptions par les garde-côtes libyens – et un manque critique de coordination et de partage d’informations de la part des autorités maritimes avec notre navire.

Le 30 avril, 49 personnes ont été secourues par le Foscari, navire de la marine italienne, dans les eaux internationales au nord de Tripoli. Il s’agirait du premier sauvetage effectué par un navire militaire italien en Méditerranée centrale depuis plusieurs mois. Ces personnes ont débarqué à Pozzallo, en Sicile, le 1er mai.

Le Sea Watch 4 de l’ONG allemande Sea Watch, dont la détention avait été suspendue par une décision provisoire du tribunal administratif de Palerme, a pris la mer pour sa seconde mission le 23 avril. L’équipage a secouru 455 personnes au cours de 6 sauvetages entre le 28 avril et le 1er mai.  En outre, le Sea Watch 4 a été témoin de plusieurs interceptions  et retours forcés opérés par les garde-côtes libyens. Le port de Trapani, en Sicile, a été attribué comme lieu sûr pour le débarquement des 455 personnes à bord du Sea Watch 4.
 

Détention administrative du Sea Watch 4, retour en mer de l’Aita Mari et première mission du Sea Eye 4

Le 8 mai,  la détention administrative du navire Sea Watch 4, suspendue en mars, a été reconduite. Ordonnée par le Conseil de justice administrative de la région sicilienne (Cgars), cette decision vient  réformer celle du Tribunal administratif régional de Sicile, qui avait examiné et accepté la demande de suspension de la détention du navire.

Le même jour, l’Aita Mari, du collectif espagnol Salvamento Maritimo Humanitario,  a quitté le  port de Adra, à Almeria. Sur sa route, l’équipage a repéré une embarcation  en détresse avec 16 personnes à bord, à la hauteur de Cartagena. L’équipage de l’Aita Mari a signalé cette situation de détresse à l’autorité espagnole de secours Salvamento Maritimo, qui a déclenché des secours effectués par le navire de sauvetage Guardamar Caliope.

Toujours le 8 mai, le Sea Eye 4, nouveau navire de l’ONG Sea Eye, a quitté le port de Burriana, en Espagne, faisant route pour la première fois vers la Méditerranée centrale. Au même moment, l’Alan Kurdi, dont la détention a été suspendue par le tribunal administratif d’Olbia, a quitté la Sardaigne pour rejoindre un  chantier naval en Espagne.


Au moins 40 morts au large des côtes libyennes et plus de 7 500 retours forcés cette année

Le lundi 10 mai, 42 personnes rescapées d’un naufrage qui a coûté la vie à 24 d’entre elles ont été ramenées à Tripoli par les garde-côtes libyens. Un corps a été retrouvé et 23 personnes sont portées disparues, selon le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR).  L’ONG Alarm Phone avait relayé une alerte de détresse pour cette embarcation plus tôt dans la journée.

Plus de 1 500 personnes ont été interceptées par les garde-côtes libyens - soutenus par l’Union européenne - et ramenées de force en Libye au cours de ces 14 derniers jours, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Plus de 700 d’entre elles ont été interceptées au cours de la seule journée du dimanche 9 mai. Ce même jour, au moins cinq personnes se sont noyées lorsque l’embarcation pneumatique à bord de laquelle elles tentaient de fuir la Libye a chaviré au large de la côte. Parmi les victimes de ce naufrage se trouvait un enfant.

La majorité des personnes débarquées en Libye après des retours forcés se retrouvent détenues arbitrairement dans l’un des tristement célèbres centres de détention libyens. Cette année, plus de 7 500 personnes ont été interceptées lorsqu’elles tentaient de fuir la Libye, alors que moins de 2 500 personnes avaient été ramenées de force au cours de la même période l’an dernier.

Au début du mois, le 2 mai, onze personnes au moins ont trouvé la mort au cours d’un naufrage au large de Zahouia, en Libye. Les garde-côtes libyens ont porté secours à douze survivant.e.s. Peu d’informations ont filtré sur un naufrage signalé le même jour qui pourrait avoir provoqué jusqu’à 50 morts, selon le Croissant rouge libyen, comme le rapporte Al Arabiya.
 

De bonnes conditions météo provoquent un afflux d’arrivées à Lampedusa

Plus de 2 000 personnes à bord d’au moins 20 embarcations ont atteint Lampedusa le week-end dernier,  alors que plusieurs centaines d’entre elles étaient signalées en détresse dans la zone de recherche et de sauvetage maltaise. Plus de 300 personnes ont atteint le port de manière autonome à bord d’une  grande embarcation en bois, quelques heures seulement avant que les garde-côtes italiens ne ramènent à terre près de 500 personnes qui se trouvaient à bord d’un bateau de pêche en fer dérivant au large de l’île dimanche, comme le rapporte Mediterranea cronaca. Selon la journaliste Angela Caponnetto, 2 000 personnes se trouvaient dans la zone de Lampedusa le lundi 10 mai, pendant que les débarquements continuaient.

Au cours du même week-end, Alarm Phone a relayé des alertes concernant six embarcations en détresse en Méditerranée centrale. Selon l’ONG, plus de  400 personnes  se trouvaient en situation de détresse en mer dimanche soir. Il n’est pas encore possible de confirmer ce qu’elles sont toutes devenues,  mais l’une des embarcations aurait fait naufrage dimanche après-midi alors que deux d’entre elles auraient pu atteindre Lampedusa.

Environ 70 personnes ont été secourues par un patrouilleur des forces armées maltaises et ont débarqué à Malte le mardi 11 mai, comme le rapporte l’agence de presse Reuters. L’ONG Alarm Phone avait d'abord relayé un appel de détresse à ce bateau la nuit précédente.

Le navire de ravitaillement offshore Asso30, normalement basé sur la plateforme pétrolière de Bouri dans la zone libyenne de recherche et de sauvetage, a aussi effectué un sauvetage. Près de 20 personnes, dont plusieurs blessées, ont été débarquées à Lampedusa mardi 11 mai, selon Angela Caponnetto.

Au cours du premier week-end de mai, une courte fenêtre météo clémente a également favorisé des départs. Selon l’ANSA, 532 personnes ont atteint Lampedusa à bord de quatre embarcations la nuit du 30 avril au 1er mai, l’une d’elles ayant à bord 297 personnes d’origine subsaharienne.
 

Des appels à l’action et à la solidarité s’élèvent : un retour à l’accord de Malte sur les réinstallation des rescapé.e.s ?

En réaction aux derniers événements en Méditerranée centrale, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR) ont déclaré qu’ils étaient profondément préoccupés par la situation en Méditerranée centrale, alors que le nombre de morts a augmenté de plus de 200 % cette année par rapport à la même période l’an dernier. Flavio Di Giacomo, porte-parole des pays méditerranéens à l’OIM, a demandé à l’Union européenne  « un système de patrouille efficace, des débarquements sûrs et la clarification du mécanisme de réinstallation des rescapé.e.s ». Mais avant tout, il faut renforcer la présence des navires européens afin de réduire le nombre des personnes renvoyées vers l’enfer libyen ».

Dans un point presse le 10 mai à l’issue d’une réunion avec le haut-commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés et d’une discussion avec le ministre de l’Intérieur italien, la commissaire de l’UE aux Affaires intérieures Ylva Johansson a appelé les États membres de l’Union européenne à faire preuve de  solidarité avec l’Italie  en rétablissant le système de réinstallation des personnes arrivant sur les rives du sud de l’Europe, avec le soutien des États membres de l’UE volontaires pour répondre aux questions posées par les récentes arrivées à Lampedusa. Le haut-commissaire aux réfugiés Filippo Grandi a insisté sur la nécessité de mettre en place un mécanisme piloté par les États « plus prévisible et plus efficace pour secourir les gens en mer » et d’« un mécanisme prévisible pour le débarquement et la réinstallation».

L'exécutif de l’Union européenne (UE) a fait savoir mardi qu'il n'avait pas encore reçu d'engagement de la part des pays de l'UE pour relocaliser les personnes qui ont récemment débarqué en Italie.

Le 11 mai, une conférence sur la gestion des migrations s'est tenue à Lisbonne sous la présidence portugaise du Conseil de l'UE. Les progrès dans la mise en œuvre des mécanismes de solidarité proposés dans le Pacte sur l'immigration et l'asile présenté par la Commission européenne en septembre dernier ont été lents, a déclaré la commissaire européenne chargée des affaires intérieures, Ylva Johansson. De son côté, l’Italie a de nouveau insisté sur la nécessité de rétablir l'accord de Malte sur les relocalisations.

 

Crédits photo : Flavio Gasperini

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