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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 09/07/2021

[TÉMOIGNAGE] Fulvia, marin-sauveteuse – « …Tout le monde criait pour demander de prendre les bébés et les enfants, mais il nous était impossible de les atteindre au début. »

Fulvia, marin-sauveteuse embarquée lors du sauvetage nocturne du 5 juillet - la plus importante opération de l'Ocean Viking à ce jour en termes de nombre de personnes rescapées – raconte cette nuit éprouvante du 4 au 5 juillet. Cette nuit-là, notre navire a effectué une opération de sauvetage d'une grande embarcation en bois en détresse située dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne. 369 personnes, dont 116 mineur.e.s, ont été ramenées saines et sauves à bord de l'Ocean Viking au cours d'une opération qui a duré 5 heures et 30 minutes.

 

6 juillet 2021  

 « Nous savions que c'était une embarcation en bois, comme celles que nous avons secourues ces derniers jours, mais cette fois-ci, c'était complètement différent. Lorsque nous avons mis les canots de sauvetage à l'eau, il faisait nuit noire. La mer et le ciel avaient exactement la même couleur. Depuis la passerelle de l'Ocean Viking comme depuis les canots de sauvetage, nous savions que notre meilleure chance de les retrouver était de repérer une lumière et de suivre ce signal, aussi imprécis soit-il. En Méditerranée centrale, on peut parfois voir des lumières de navires et de plates-formes, mais à ce moment-là, nous devions repérer le bon signal, car c'était l'unique façon de sauver des centaines de vies. Lorsque nous nous sommes approchés et que nous avons utilisé nos lampes torches, nous sommes soudainement passés d'une petite lumière à un cauchemar. C'était une grande embarcation en bois comme on en voit peu, clairement surchargée. Personne ne portait de gilet de sauvetage, et certaines personnes avaient les jambes qui dépassaient du bord. Nous avions besoin de lumière, mais cela aurait aveuglé l’équipe de sauvetage. Nous sommes donc restés dans l'obscurité pour effectuer l’opération de secours en douceur. Le moment le plus critique a été d'évaluer la situation et de communiquer avec les personnes à bord.   

 

 

Nous nous sommes approchés par l’arrière de l'embarcation en bois d’où nous avons évacué les personnes en détresse, car une approche par le côté aurait pu provoquer un naufrage. L'embarcation était déjà très instable et présentait un risque élevé de chavirer à tout moment. La pompe de cale s'est même arrêtée à un moment donné. L'attention provoquée par notre venue augmentait le risque que les personnes soient écrasées, nous n'avons donc pas pu donner de gilets de sauvetage à tout le monde au début. Nous avons mis plusieurs heures pour ramener les personnes de cette embarcation jusqu'au navire en toute sécurité, avec 20 à 30 rescapé.e.s dans chaque navette. Au bout de deux heures, on avait l'impression que l'embarcation en bois était toujours aussi surchargée, car les gens ne cessaient de remonter depuis la cale jusqu'au pont. Chaque fois que nous revenions vers l'embarcation en bois, tout le monde criait pour demander de prendre les bébés et les enfants, mais il nous était impossible de les atteindre au début.   

 

Le jour suivant, un rescapé qui se trouvait dans la cale au moment du sauvetage nous a dit ne pas avoir compris ce qu’il se passait. Il ne voyait que des visages et des personnes qui remontaient de la cale. Pour nous, c'était pareil, nous ne voyions que les visages des personnes en première ligne, puis nous apparaissaient ceux de nouvelles personnes, comme un flux sans fin. Cela ne devrait pas être de notre responsabilité de porter assistance à près de 600 personnes. J'espère que nous pourrons les débarquer le plus rapidement possible, car la situation sur le pont ne peut pas durer pendant des jours. »  

 

Crédit photo : Flavio Gasperini / SOS MEDITERRANEE

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