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JOURNAL DE BORD

Chaque jour, un membre de SOS MEDITERRANEE vous donne sa vision des opérations de sauvetage en mer et des événements. Retrouvez ces chroniques en son, images et vidéos.

le 03/01/2022

[TÉMOIGNAGE] « J’arrive enfin à respirer pour de bon » - Maha, rescapée à bord de l’Ocean Viking

Maha* a 48 ans. Elle est originaire de Damas en Syrie. Elle et son fils de 8 ans ont été secouru.e.s par l’Ocean Viking le 5 novembre 2021 alors qu’ils étaient à bord d’une embarcation en détresse surchargée, dans les eaux internationales au large de la Libye. Claire Juchat, chargée de communication pour SOS MEDITERRANEE, l’a rencontrée à bord.

Maha raconte : « Mon mari a été tué dans un bombardement il y a un an. J’ai une photo de lui, ensanglanté. Tiens, regarde. Ma maison a été détruite et mon plus jeune fils a été blessé. D’autres membres de ma famille ont été jetés en prison arbitrairement, et depuis, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Mes deux ainés m’ont convaincue de partir. C’est trop dangereux dans mon pays. »

 

Alors, Maha et son fils de 8 ans rassemblent le peu qui leur reste et prennent un billet d’avion pour la Libye. « On n’avait pas besoin de visa pour la Libye, c’était le moyen le plus facile de quitter la Syrie. Par voie de terre c’est trop dangereux. Plus personne ne parle de la situation en Syrie, mais les bombardements, les assassinats et les disparitions sont notre quotidien».

 

Maha explique qu’à leur arrivée en Libye, les autorités s’emparent de leur passeport. « J’ai alors réalisé que j’étais passée d’un enfer à un autre. ».

 

« La seule solution était de prendre la mer. Alors on a essayé, à trois reprises. Les Libyens [ndlr : les garde-côtes libyens] nous ont intercepté.e.s deux fois. La première fois, ils nous ont dit que l’on ne risquait rien, qu’ils étaient là pour nous secourir et ne nous enverraient pas en prison. C’était un mensonge. Une fois ramené.e.s au port, certaines organisations étaient là. Ils nous ont pris en photo et nous avons été emmené.e.s en prison [ndlr : centre de détention]. Comme ça. Personne ne nous a aidé.e.s ». Après deux semaines dans un centre de détention officiel à Tripoli, Maha réussit à acheter sa libération et celle de son fils. Mais prendre la mer demeure leur unique option. Ils tentent la traversée une seconde fois : « Dès qu’ils [les garde-côtes libyens] sont apparus à nouveau, je me suis évanouie. Ils se sont approchés et nous ont crié dessus. On ne pouvait pas résister. Ils nous menaçaient avec des armes. » Une fois de plus, les personnes à bord sont ramenées au port de Tripoli, où elles sont triées par âge et nationalité avant d’être renvoyées en bus vers différents centres de détention.

 

Maha confie s’être sentie piégée et impuissante. Elle ne sait pas quoi faire. En Libye, il n’y a pas de sécurité, aucune opportunité pour elle et son fils. Reprendre la mer lui fait peur, car elle pourrait encore une fois être renvoyée de force en Libye. Elle se rappelle avoir été épuisée émotionnellement, vivant dans la peur et le dégoût face au comportement des autres êtres humains envers elle et son fils. « J’ai décidé de réessayer. Je ne pouvais pas supporter de voir mon fils vivre une vie sans espoir. J’ai rassemblé tout le courage que je pouvais, et nous sommes reparti.e.s. Il faisait nuit, les vagues étaient hautes, j'avais le mal de mer. Mais cette fois, vous êtes apparu.e.s, et dès la première seconde, j'ai su que vous n'étiez pas les Libyens. Vous nous avez parlé avec respect et calme. Vous nous avez porté secours en toute sécurité. Je suis tellement reconnaissante. »

 

Une fois à bord du canot de sauvetage, le fils de Maha ne cesse de répéter « merci » à l’équipe de recherche et de sauvetage. Maha et son fils débarquent à Augusta, en Sicile, le 11 novembre 2021. « Pendant les jours d’attente avant de pouvoir débarquer, mère et fils avaient toujours un mot gentil pour les équipes de l’Ocean Viking. Ils nous demandaient avec des gestes comment on allait, si nous n’étions pas trop fatigué.e.s, alors qu’ils devaient supporter les orages, la pluie et les vagues. Leur résilience était impressionnante. », témoigne Claire.

« J’arrive enfin à respirer pour de bon. Il y a si longtemps que je ne pouvais plus. Je suis soulagée car bientôt, je n’entendrai plus le son des bombardements, je ne risquerai plus d’être envoyée en prison », conclut Maha.


Photo : Claire Juchat / SOS MEDITERRANEE

*Pour protéger l'identité du rescapé, le prénom a été modifié. 

Témoignage recueilli le 8 novembre 2021 par le médiateur culturel à bord.

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